Quoi ? : Disquaire
Où ? : 25 Rue Tonduti de l'Escarène 06000 Nice
Quand ? : Ouvert lundi, mardi, jeudi et vendredi de 12 à 19.00 / Samedi de 13.30 à 19.30
Combien ? : A partir de 5 € / Prix moyen 20 €
Transport ? : Tramway ligne 1 arrêt Nice étoile.
Des Questions ? : 06 22 27 10 53
Un lien ? : Cliquez-ici

La boutique evrlst de Franck Del Galo signe à Nice le grand come back du vinyle. Prés de 4000 disques dans tous les genres avec une belle sélection dans l’électro, le krautrock et le jazz. La caverne d’Ali baba du microsillon.

On l’avait jeté un peu vite aux oubliettes, mais le vinyle fait de la résistance ! On annonça sa mort en 1985 avec l’avènement du CD puis 15 ans après avec les fichiers MP3. Et pourtant elle tourne toujours sur les platines la bonne vieille galette de cire !  Les ventes de vinyles ont même plus que triplé depuis 5 ans. Quant au métier de disquaire, que l’on croyait vouer au même sort que rempailleur de chaise, il suscite à nouveau des vocations. Nice ne fait pas exception à la règle. Franck Del Gallo a ouvert son magasin de disque il y a deux ans sous le nom imprononçable de « Evrlst », comprendre Everlast : «  c’est un code dans l’électro. On vire les voyelles pour ne garder que les consonnes » Pas sûr qu’on vous valide ce terme au Scrabble, mais en tous cas, ce nom court déjà sur toutes les lèvres des niçois accrocs aux microsillons.

Il est vrai qu’elle est petite mais qu’elle a tout d’un grande, cette boutique à deux pas du boulevard Dubouchage. 25 m2 mais dans ces bacs 2500 galettes et en stock plus de 4000 titres. Et pour tous les goûts car la devise de Franck est imparable « On fait tout mais pas n’importe quoi ! ». En effet ce niçois quarantenaire est un vrai mordu qui baigne dans le son depuis plus de 25 ans mais ses goûts ne se limitent pas à son extrait de naissance. Il avoue un gros faible pour le Krautrock, un genre musical qui fit les beaux jours du paysage sonore teuton dés les années 60 et porté par des groupes comme Can, Kraftwerk, Tangerine dream, Klaus Schulze, Neu, Harmonia, Ashra temple. La musique électro c’est son autre péché mignon. Il en a fait, en distribue et en produit aujourd’hui. «  J’ai commencé comme DJ dans les années 90. Quelques mois après mon bac en 1995  j’ai ouvert un magasin de disques rue Lépante à quelques pas d’ici, spécialisé en vinyles techno et house »  Mais quand son associé change de cap Franck quitte le navire « le spiral Tribe, le hardcore, c’était moins ma tasse de thé ! ».

Il n’abandonne pas ce milieu, continu à se produire sous le nom de DJ ORESTT, fréquente les artistes, les labels et les lieux du culte électro. « Puis quand j’ai vu que les DJ avaient la même fonction que la pompe à bières, j’ai laissé les platines ». L’avènement d’Internet ouvre des perspectives. Il vend de tout, même des BMX restaurés. Alors pourquoi pas des disques ? C’est ce qu’il fait avec succès en envoyant via le post office ces précieux colis au Japon, aux USA. Au retour d’un voyage à Berlin, il a le déclic. « Quand j’ai vu toutes ces librairies et disquaires spécialisés, je me suis dit, c’est çà qu’il manque à Nice ! C’est du pur plaisir car si tu as de bons disques tu n’as pas besoin d’avoir pignon sur rue pour vendre». Mais posséder un lieu,  c’est faire partie de la couleur locale et partager sa passion en mode rapproché. « Le jour même de l’inauguration j’ai eu une germano japonaise en vacances qui m’a acheté deux kraftwerk, des ados qui sont repartis avec leur premier vinyle et un sexagénaire collectionneur de Jazz. J’ai compris que j’avais encore un large public pour transmettre et échanger. »

Le petit blue cube de Franck est donc aussi un véritable  « Musée de cire, Musée de son » où les bacs dispensent plus de 50 ans de patrimoine sonore : musique électro, punk rock, new wave, classique de la brit Pop, de la progressive, du psychédélique, du jazz, de la soul, de l’ambiant et même les BOF les plus improbables comme celle des giallos transalpins et bien sur un bac pour la musique cyclique (Steve Reich, Philip Glass etc.) son autre dada. N’étant pas trop porté sur le flambant neuf, notre hôte vends 90% de vinyles vintages qu’il déniche par site d’annonces, brocantes, antiquaires, déménageurs, «  Je fais du troc via la toile avec des collectionneurs étrangers, et puis il y a des gens qui viennent aussi sur place » Mais il n’y a pas que du vieux chez evrlst, la production actuelle est présente, en circuit court parfois. Franck travaille avec les labels d’ici comme Monotone records de Didier Balducci (guitariste des Dum Dum boys) et Les disques en rotin réunis d’Arnaud Maguet, artiste plasticien, musicien, et professeur à la Villa Arson « J’essai de supporter les locaux qui me plaisent, y compris une scène émergeante, parfois aussi avec mon propre label »

Car son autre activité c’est la production. Passionné de synthés analogiques, cet ex DJ, a créé son label du nom de son échoppe. Il a publié son propre LP puis deux autres grâce à des rencontres «  Je n’ai pas de visées commerciales. Je n’édite que des vinyles en séries limitées, 30 à 100 exemplaires. C’est du Do it yourself de A à Z mais avec la qualité et le fun. Les packaging et pochettes sont signés par des créateurs locaux. » Après Vox low de Paname et Beige, un niçois exilé à Paris, le label evrlst sera crédité cet automne de deux nouveaux 33 tours : Un album d’un artiste électro brésilien, Paulo Bato et une bizarrerie exhumée en exclu des seventies « Dominique Andrée est un chef operateur qui œuvra sur des films de Belmondo, mais c’est aussi un musicien proche de François de Roubaix qui a enregistré fin 70, un album destiné à l’illustration sonore de reportages. Ce sera la première réédition de ce disque introuvable. La restauration a été faite à Paris. On va sortir 300 copies sur une presse à vinyle à Saint Vallier. On travaille aussi pour les petits tirages sur une machine qui grave à l’unité, à partir de vinyles vierges » Pour la distribution en vinyle, il y a la boutique evrlst et en numérique band camps, un site en ligne qui, précise Franck « redistribue 90% des ventes aux artistes ».

Par Olivier Marro