Quoi ? : Atelier, espace d'exposition
Où ? : 16 Rue Colonna d'Istria Nice
Quand ? : Quand c'est ouvert..."Ouvert au hasard ou sur commande"...Souvent quand même...
Combien ? : Ben fixe les prix. Ou bien l'artiste exposé. Ou bien Eva Vautier. Il faut demander.
Transport ? : T1 Arrêt Opéra Vieille Ville ou Cathédrale Vieille Ville
Des Questions ? : mieux vaut passer
Un lien ? : Cliquez-ici

43 ans après la migration de son Laboratoire 32, magasin et "centre d'art total" au Musée National d'art Moderne de Paris, Ben l'artiste vient d'ouvrir dans l'ancien atelier de César le LaboX16, espace d'expositions et de questions à débattre ensemble et sans retenue.

On est bien accueilli au labo X16 de Ben qui a investi l’ancien atelier du sculpteur César fermé pendant des dizaines d’années: Il y a du monde pour refaire le monde, débattre sur « qui décide du beau et du laid? » ou « l’art doit-il être populaire? ». Il y a toujours une bouteille de jaja derrière un sofa, des gens qui passent, qui s’incrustent, qui tiennent boutique quand Ben doit voyager ou bien rester chez lui avec sa femme Annie et ses mâtins de Naples. On croit enfin l’entendre arriver avec la tonitruance et l’accent anglo-levantin qui précède souvent son apparition, mais fausse alerte, c’est juste un artiste qui performe son rôle à la perfection: Moralité, même l’absence de Ben est du Ben et çà c’est très « Fluxus » finalement: Ben a souvent raconté sa rencontre décisive avec Georges Maciunas qui l’a fait rejoindre ce mouvement iconoclaste qui enfonçait le clou duchampien en actant un simple clignement d’oeil comme geste artistique et abolissait du même coup le rapport intimidant à l’histoire de l’art…

Le premier étage qu’on atteint grâce à un authentique escalier provenant de la tour Eiffel est d’un vide « kleinique » ménageant des cimaises pour accueillir quelques grand formats, plutôt étonnant à voir quand on connait le fabuleux foutoir artistique du magasin reconstitué au Mamac de Nice. Un peu partout, les petites phrases recelant de grandes questions, typiques de l’art de Ben: Tendues sur des châssis monochromés, lapidaires comme des aphorismes de Cioran mais écrites avec cette graphie enfantine qui semble aujourd’hui venger la scolarité buissonière de l’élève Ben en rentrant par la grande porte dans les lycées et collèges, grâce à la collaboration de l’artiste avec une célèbre marque d’agenda et de fournitures (ah l’art pour tous et la trousse magique qui « contient une gomme qui efface les mauvaises notes »!)

Ces « Jocondes » de Ben sont mêlées aux oeuvres d’autres artistes faisant partie de sa collection, car il s’avère qu’il est aussi un collectionneur compulsif de jeunes talents. Partisan des accrochages foutraques en revanche… Car tout cela est installé de façon intuitive, débordante, non hiérachique comme si remiser des oeuvres pour en singulariser d’autres relevaient d’un choix cornélien insupportable…

La programmation est simple: Pleins phares sur un artiste en particulier dont Ben est prescripteur avec une rotation tous les 15 jours. Cette fois, il s’agit de l’un de ses ex-assistants et ex-étudiant de la Villa Arson,, Gérald Panighi, un artiste représenté officiellement par la Galerie Eva Vautier. Adepte lui aussi de petites phrases glânées au gré de ses pérégrinations sur les nombreux forums compassionnels ouverts depuis des années sur le web pour évoquer à grand renfort d’anecdotes souvent délirantes des problèmes sociétaux dont la décence voudrait qu’ils ne nous décrochent pas un sourire. C’est exactement le contraire qui se produit lorsque ces phrases comme extrudées par le réel viennent s’accoler en décalage sémantique sévère à des transferts ou des dessins aux graphites et crayons de couleurs, qui reproduisent sur des feuilles souvent maculées notamment d’huile de lin, des illustrations standardisées de la culture populaire du type comics ou images d’Épinal de faits divers…Les dessins de formats contrastés sont concentrés en « nuages » et punaisés au mur par des pushpins de bureau colorées sans autre forme de sophistication.

C’est de la muséographie à la bonne franquette, on n’est pas au Palazzo Grassi de Venise mais au Laboratoire X16 de Ben, espace vivant et vortex où l’art est à débattre et s’affiche partout, sans cartels ni manières, mais nous, on ne s’en plaindra jamais…