À Mandelieu-La Napoule, entre les roches rouges de l’Estérel et la baie de Cannes, le Château de La Napoule semble tout droit sorti d’un conte. Derrière ses tours néo-médiévales et ses jardins sculptés se cache pourtant une histoire bien réelle : celle d’un couple d’artistes américains tombé amoureux des lieux au début du XXe siècle. Aujourd’hui encore, le château continue de faire vivre leur vision à travers l’art contemporain et les résidences d’artistes.
Un château réinventé par Henry et Marie Clews
Avant de devenir un lieu culturel incontournable de la Côte d’Azur, le Château de La Napoule fut une ancienne forteresse médiévale construite au XIVe siècle.
Au fil des siècles, le bâtiment connaît invasions, destructions et abandons, jusqu’à tomber partiellement en ruines.
Tout change en 1918 lorsque deux Américains, Henry et Marie Clews, découvrent le site. Lui est sculpteur et artiste fantasque, héritier d’une grande famille new-yorkaise ; elle est passionnée d’architecture paysagère et d’opéra. Le couple tombe immédiatement sous le charme de cette forteresse en bord de mer et entreprend de la reconstruire selon son propre imaginaire.
Pendant près de vingt ans, Henry et Marie transforment le château en œuvre d’art totale.
Sculptures fantastiques, gargouilles, devises gravées dans la pierre, cloître, tours romantiques et détails symboliques composent un univers entre rêve médiéval et fantaisie artistique. Henry Clews y développe un bestiaire mystérieux inspiré des contes et des mythes, tandis que Marie imagine les jardins et supervise les travaux avec des artisans locaux.
Après la mort d’Henry en 1937, Marie Clews crée en 1951 la La Napoule Art Foundation afin de préserver le château et d’en faire un lieu dédié aux échanges culturels et à la création artistique. Aujourd’hui encore, la fondation perpétue cet héritage en accueillant artistes, expositions et projets éducatifs internationaux.
Un musée-jardin sur la Méditerranée
Visiter le Château de La Napoule, c’est pénétrer dans un univers singulier où architecture, art et nature dialoguent en permanence. Face à la mer, le château dévoile ses salles gothiques, ses ateliers d’artistes et les sculptures énigmatiques d’Henry Clews qui peuplent encore les lieux.
Le musée propose également des expositions temporaires mettant à l’honneur des artistes contemporains émergents ou confirmés, dans la continuité de la mission culturelle de la fondation. Des visites guidées, ateliers scolaires et activités pour enfants permettent aussi de découvrir le site de manière ludique et accessible.
Mais le véritable enchantement se trouve peut-être dans les jardins. Imaginés par Marie Clews entre 1918 et 1937, ils mêlent influences italiennes, jardins à la française et inspirations anglaises.
Allées géométriques, terrasses ouvertes sur la Méditerranée, cyprès, bassins et jardins secrets composent un décor poétique classé “Jardin remarquable” par le ministère de la Culture.
Au détour d’un sentier, on découvre aussi le mausolée où reposent Henry et Marie Clews, enterrés face à la mer dans ce lieu qu’ils ont façonné ensemble comme une œuvre de vie.
Un lieu vivant dédié aux artistes d’aujourd’hui
Loin d’être figé dans le passé, le Château de La Napoule continue d’accueillir la création contemporaine grâce à la Napoule Art Foundation.
Chaque année, des artistes venus du monde entier y sont invités en résidence afin de développer leurs projets dans un environnement propice à l’expérimentation et aux échanges culturels.
Les résidents sont sélectionnés parmi des centaines candidatures par an venue du monde entier dans divers domaines (écriture, peinture, musique, cinéma, etc.) et sont hébergés dans la Villa Marguerite adjacente.
Ils profitent des ateliers du château, des jardins et des différents espaces de travail pour nourrir leur réflexion artistique et bénéficient d’une bourse.
Lors de notre venue nous avons pu découvrir le travail en Résidence de Simon Leoza (musicien Québécois récemment récompensé pour sa musique de la série empathie à Cannes Séries). Ce dernier a réalisé un remarquable travail de cartographie sonore du château en soulignant le fait que cahque pièce possèdait sa propre voix.
Le château accueille également des retraites artistiques, workshops et interventions pédagogiques destinés à rapprocher les publics de l’art contemporain.
Plus qu’un monument historique, le Château de La Napoule demeure aujourd’hui un laboratoire artistique vivant, suspendu entre mémoire, imagination et création contemporaine.
Le Petit Plus : il est possible de privatiser tout ou partie du château pour des événements (qui servent à financer le fonctionnement de la Fondation)
Par Eric Foucher / texte et photos









